Ph.D. · Paix, sécurité et Nations unies
Comment une organisation qui n’a pas de service de renseignement, et qui ne peut pas en avoir, produit-elle malgré tout du renseignement ? Les Nations Unies s’y sont résolues tard. Et prudemment. Depuis 2015, j’étudie la façon dont les missions de maintien de la paix recueillent, analysent et partagent l’information. C’est devenu le cœur de mes quatre axes de recherche.
Ma conclusion tient en un mot : confiance. La technologie compte moins que la confiance entre pays fournisseurs de contingents, entre personnel civil et militaire, entre le terrain et le siège de l’ONU à New York. Sans elle, l’information existe mais ne circule pas.
J’ai développé cette thèse dans « Competing for Trust », paru en 2021 dans l’International Journal of Intelligence and CounterIntelligence, puis dans « Le renseignement onusien », chapitre des Mondes du renseignement (PUF, 2024). Pour l’International Peace Institute, Finding the UN Way on Peacekeeping-Intelligence montre comment la politique sur le renseignement adoptée par l’ONU peut entrer dans la pratique des missions, sous le regard du Conseil de sécurité et des États Membres.
La souveraineté des États, le consentement du pays hôte et la confidentialité des sources fixent les limites. Le renseignement onusien reste un outil de protection des civils et des populations, jamais d’activités clandestines.
Les JMAC, ou centres conjoints d’analyse des missions, portent l’essentiel du renseignement stratégique d’une opération de paix. En 2017 et 2018, j’ai visité cinq JMAC déployés en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine (MINUSCA), en République démocratique du Congo (MONUSCO), au Mali (MINUSMA) et au Soudan du Sud.
J’en ai tiré, pour le Centre d’opérations et de crise des Nations Unies, le premier manuel de terrain, le JMAC Field Handbook (2018). Il suit chaque étape du cycle du renseignement :
Renseignement humain, observation, source ouverte.
Les menaces, les groupes armés et leurs indicateurs.
Transmises aux décideurs.
Avec l’état-major et les composantes civiles.
J’ai aussi conçu et donné le cours des JMAC au Centre international de défense norvégien, pour 45 analystes venus des opérations de maintien de la paix.
Le renseignement militaire d’une mission voit ce que ses analystes peuvent voir. Leur profil compte.
C’est pourquoi j’ai rédigé les premières directives onusiennes sur le genre et le renseignement, un travail présenté sur la page genre, paix et sécurité. À Entebbe, j’ai enseigné l’intégration du genre aux formateurs des officiers de renseignement militaire.
Je travaille aussi sur la désinformation, qui brouille la connaissance de la situation, et sur la performance des missions face aux menaces asymétriques. Autre chantier : la sécurité des Casques bleus. En 2018, j’analysais le rapport Cruz, rédigé par le général dos Santos Cruz. En 2023, à New York, j’ai présenté les enjeux de la PKIA, l’académie onusienne du renseignement, sous l’angle de la confiance.
Ces recherches soutiennent mes mandats d’analyse et d’évaluation pour le Département des opérations de paix : gestion des crises, stabilisation, évaluation des missions.
Une équipe d’analyse à former, un dispositif de renseignement à évaluer ? Discuter d’un mandat avec moi, en français ou en anglais.